Il y a une contradiction fondamentale, et non un simple désaccord tactique, entre le gaullisme et l’esprit de Mai 68. Ceux qui se réclament du général de Gaulle tout en applaudissant, par anti-macronisme, des mouvements qui contestent frontalement l’autorité de l’État et les institutions de la Ve République trahissent le général de Gaulle !
Le gaullisme, c’est d’abord la continuité de l’État !
Le général de Gaulle n’a pas fondé la Ve République pour qu’elle soit à la merci de la rue. Il l’a conçue précisément pour sortir la France de l’instabilité parlementaire de la IVe, pour restaurer l’autorité de l’exécutif, pour donner au chef de l’État les moyens de gouverner face aux passions collectives et aux pressions corporatistes. La Constitution de 1958, le référendum, le suffrage universel direct pour l’élection du président, la dissolution, l’article 16 : tout cela vise à faire prévaloir la continuité de l’État et la souveraineté nationale sur les mouvements d’opinion passagers.
De Gaulle n’a jamais été un démocrate de consensus mou. Il croyait à la légitimité de l’autorité, à la hiérarchie, à la responsabilité. Il n’a pas « dialogué » avec les barricades. En mai-juin 1968, face à une contestation étudiante et ouvrière qui menaçait de paralyser le pays, il a d’abord hésité, puis choisi la fermeté : départ à Baden-Baden, discours du 30 mai, dissolution de l’Assemblée, appel à la majorité silencieuse. Les élections de juin 1968 ont donné une victoire écrasante aux gaullistes. Ce n’était pas un hasard. C’était le refus explicite de laisser la rue dicter sa loi à la République.
Mai 68, c’est l’inverse !
Le mouvement de 1968 n’était pas une simple grève sociale. Il portait une contestation radicale de l’autorité, de l’université, de l’entreprise, de la famille, de l’État lui-même. « Il est interdit d’interdire », « sous les pavés la plage », refus de la hiérarchie, suspicion systématique envers les institutions : ce sont les mots d’ordre d’une révolte qui considérait le gaullisme comme l’incarnation de l’ordre à abattre. Les soixante-huitards n’ont jamais accepté la Ve République comme un acquis. Beaucoup y ont vu, et y voient encore, un régime autoritaire qu’il fallait subvertir ou contourner.
On peut discuter des causes sociales légitimes de 1968. On ne peut pas feindre d’ignorer que le mouvement a mis en cause le principe même de l’autorité étatique que de Gaulle incarnait. Les deux logiques s’excluent.
L’anti-macronisme ne justifie pas le renversement des institutions !
Aujourd’hui, certains qui se disent gaullistes soutiennent, par hostilité à Emmanuel Macron, des formes de contestation qui empruntent explicitement au répertoire soixante-huitard : blocages, occupation de l’espace public, mise en cause permanente de la légitimité des décisions prises dans le cadre constitutionnel, glorification de la « colère populaire » comme source supérieure de droit. Ils jouent avec le feu !
La Ve République n’est pas la propriété d’un président. Elle est le cadre institutionnel que de Gaulle a légué. La contester dans ses fondements ce n’est pas défendre le gaullisme ! C’est le vider de sa substance !
On peut critiquer durement une politique. On peut exiger le respect du suffrage universel et des institutions. On peut même appeler à une alternance. Mais on ne peut pas, au nom de de Gaulle, se réjouir d’un climat qui ressemble à celui que le général a combattu en 1968 ! Le gaullisme n’est pas un label émotionnel utilisable contre tel ou tel locataire de l’Élysée. C’est une conception de l’État, de l’autorité et de la continuité nationale !
Ceux qui confondent les deux se trompent de camp. Ou alors ils n’ont jamais été gaullistes !
Macron ne sera plus Président dans 7 mois, un peu de patience et cessez de justifier une révolte qui n’a pour but que de renverser la République fondée par l’homme dont vous vous réclamez !
Sébastien Nantz
Secrétaire général du RPF
Président de l’UPF