Faire du gaullisme sans les gaullistes ?

Certains candidats s’affichent dans la lignée de Jean-Pierre Chevènement et/ou de Philippe Séguin : Indépendance nationale, souveraineté du peuple, justice sociale, refus de l’impuissance technocratique, Europe des nations plutôt que fédéralisme.
Des candidats lancent de nouveaux mouvements, déposent les structures nécessaires à une éventuelle candidature en 2027, se présentant comme « la voix capable d’échapper au face-à-face stérile entre le Rassemblement national et La France insoumise ». Tout cela au nom d’une certaine idée de la France héritée du Général.

Pourtant, un constat s’impose, les gaullistes organisés, ceux qui portent encore ce label sans complexe et sans récupération, ne semblent pas être des interlocuteurs prioritaires à ces candidats. On ne les voit guère dialoguer avec les derniers cercles qui revendiquent explicitement la continuité gaulliste. Des militants demandent l’union mais les appels restent le plus souvent sans réponse.

Depuis des années, le mot « gaullisme » est manipulé y compris par les familles politiques qui combattaient de Gaulle. Le Rassemblement national y voit une caution d’indépendance et d’autorité de l’État. Certains macronistes, d’Édouard Philippe à Gabriel Attal, en convoquent l’image de la verticalité et du volontarisme. On en extrait ce qui arrange (la souveraineté, l’État fort, le refus de l’alignement).
Mais cette liberté a un prix. Le gaullisme sans les gaullistes risque de rester une posture, une belle référence historique brandie pour se distinguer dans un paysage saturé de candidats. Il manque alors la dimension concrète, incarnée, parfois rugueuse, de ceux qui ont tenté de le faire vivre hors des grands partis. L’appel aux « orphelins de la politique » est séduisant. Encore faut-il que ces orphelins ne restent pas orphelins les uns des autres.
Faire du gaullisme, aujourd’hui, ne peut se limiter à citer de Gaulle, Chevènement ou Séguin. Cela suppose aussi de regarder en face ceux qui continuent de porter ce drapeau. Sinon, le risque est de transformer une tradition politique exigeante en simple marque de fabrique, élégante, intellectuelle… et un peu solitaire.

Citer de Gaulle et s’en revendiquer est donc plus qu’à la mode… Sauf quand cela dérange un électorat profondément anti-gaulliste. Il y a certaines dates de l’année où critiquer de Gaulle est également devenu courant pour plaire à cet électorat. Le gaullisme c’est un tout, soit on se réfère à de Gaulle, soit on le critique pour ses actions ! Se revendiquer du gaullisme tout en critiquant le général de Gaulle peut laisser à penser à une manipulation électoraliste.

On ne peut prétendre incarner le gaullisme en ayant un gaullisme sélectif et en écartant les fidèles héritiers de cette famille politique ! De de Gaulle, on prend tout ou on ne s’en revendique pas !

Sébastien Nantz

Secrétaire général du RPF

Président de l’UPF

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