Hommage à Jacques Chaban-Delmas.

Ce 10 novembre, jour anniversaire de sa mort survenue en 2000, la France se souvient d’une figure emblématique de son histoire contemporaine : Jacques Chaban-Delmas. Résistant intrépide, gaulliste convaincu, Premier ministre visionnaire et maire infatigable de Bordeaux pendant près d’un demi-siècle, il a marqué le XXe siècle par son engagement sans faille au service de la République. À l’occasion de ce 25e anniversaire, rendons hommage à cet homme d’État dont l’héritage continue d’illuminer la vie politique et civique française.

Une jeunesse forgée dans la Résistance

Né le 7 mars 1915 à Paris sous le nom de Jacques Michel Pierre Delmas, il adopte plus tard le pseudonyme « Chaban », inspiré d’un château en Dordogne, qui deviendra partie intégrante de son nom. Élève brillant au lycée Lakanal de Sceaux et à Sciences Po, sa vie bascule avec l’occupation nazie. Dès décembre 1940, il rejoint le réseau Hector, l’un des fondateurs de l’Organisation civile et militaire (OCM). Sous le nom de code « Chaban », il collecte des renseignements cruciaux sur l’exploitation économique de la France par les Allemands.

Son courage le propulse au cœur de la Résistance : délégué militaire du général de Gaulle auprès du Conseil national de la Résistance (CNR), il organise l’insurrection nationale en août 1944. À la Libération, il est fait Compagnon de la Libération et reçoit la Médaille de la Résistance. Ce parcours héroïque forge un homme d’action, animé par un « immense appétit de vivre », comme il le confiera plus tard. Sans cette période, pas de Chaban-Delmas tel que nous le connaissons : un leader pragmatique, allié à la fois à la bravoure et à une vision progressiste.

Un gaulliste au cœur du pouvoir

Après la guerre, Chaban-Delmas gravit rapidement les échelons. Élu député Radical-Socialiste de la Gironde en 1946, il devient maire de Bordeaux l’année suivante, un mandat qu’il conservera jusqu’en 1995 – un record de longévité qui en dit long sur son ancrage local. Soutien fidèle de Charles de Gaulle, il adhère au RPF puis prend la suite en fondant « Les Républicains-Sociaux » qu’il préside. Il est le principal architecte du retour du général de Gaulle en 1958 et participe à la fondation de l’Union pour la Nouvelle République (UNR), élu premier Président de l’Assemblée nationale en 1958. Il y siégera jusqu’en 1969, veillant à l’équilibre des pouvoirs sous la Ve République naissante.
Nommé Premier ministre par Georges Pompidou en 1969, il incarne alors une ambition réformatrice. Son programme de la « Nouvelle Société » vise à moderniser la France : participation des travailleurs aux décisions d’entreprise, décentralisation, et promotion de la culture et du sport. Conseillé par des figures comme Jacques Delors et Simon Nora, il ose un virage social qui détonne dans le gaullisme traditionnel. Trop « progressiste » pour les conservateurs, il est écarté en 1972, mais son passage à Matignon laisse une empreinte durable sur les politiques sociales des années 1970.

Le maire bâtisseur de Bordeaux

Si Paris l’a souvent réclamé, c’est à Bordeaux que Chaban-Delmas s’est révélé grand. Maire pendant 48 ans, il transforme la ville en un modèle d’urbanisme et de rayonnement culturel. Il initie la rénovation du centre historique, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998, et modernise les infrastructures : tramway, aéroport, et le stade qui porte aujourd’hui son nom, le Matmut Atlantique – anciennement Parc Lescure. Sous son impulsion, Bordeaux passe de cité provinciale à métropole dynamique, attirant étudiants, touristes et investisseurs.
Membre de l’UDR puis du RPR, il reste fidèle à ses racines gaullistes. En 1974, après la mort de Pompidou, il se porte candidat à la présidentielle, mais est devancé par Valéry Giscard d’Estaing, soutenu par une fronde interne menée par Jacques Chirac. De retour à la présidence de l’Assemblée jusqu’en 1988, il incarne l’institution avec une stature quasi paternelle, même face aux alternances politiques. À 80 ans, en 1995, il passe le flambeau à Alain Juppé, se retirant avec élégance pour cultiver sa passion pour la peinture et la littérature.

Un héritage vivant, entre ombre et lumière

Jacques Chaban-Delmas s’éteint le 10 novembre 2000 à Paris, emporté par une crise cardiaque à l’âge de 85 ans. Son décès suscite une émotion nationale : Lionel Jospin, alors Premier ministre, évoque un homme « familier à tous les Français », tandis que Jacques Chirac, devenu président, lui rend un hommage solennel aux Invalides. Enterré à Bordeaux, il repose auprès de ses proches, dont sa troisième épouse, Micheline Chavalet, qui l’avait accompagné dans ses dernières années.
Vingt-cinq ans plus tard, son legs perdure. À Bordeaux, sa statue place Pey Berland – inaugurée en 2006 – attire les regards, et l’association des Amis de Jacques Chaban-Delmas organise chaque année des cérémonies en son honneur. Il reste le symbole d’un gaullisme humaniste : résistant pour la liberté, réformateur pour la justice sociale, bâtisseur pour l’avenir. Dans une époque de divisions, Chaban-Delmas nous rappelle que la politique peut être une passion au service du bien commun.

Jacques, votre ardeur pour la France nous inspire encore. Reposez en paix, et merci pour tout.

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