Les élections européennes auront lieux dimanche 9 juin. Beaucoup de personnes nous demandent la position du Rassemblement du Peuple Français (RPF) pour ces élections et quelle consigne le mouvement historique des gaullistes donne !? Notre réponse est simple : le RPF porte la voix de son illustre fondateur or, le général de Gaulle a toujours rejeté l’idée d’un parlement européen élu au suffrage universel et qui de fait imposerait ses lois aux Etats ! Aux yeux du général de Gaulle, le parlement européen ne pouvait être qu’une assemblée composée de représentants des parlements nationaux ! De fait le RPF ne peut donner une légitimité à un parlement supranational en participant de près ou de loin à cette campagne. Qui imagine le général de Gaulle aller voter pour des élections européennes !? La fidélité à l’homme du 18 juin, fondateur de la Ve République, n’est pas modulable à notre sens ! On ne fait pas de gaullisme contre le général de Gaulle ! Le RPF n’a donc aucune consigne à donner à un peuple qui n’a de toute façon pas forcément besoin qu’on lui dise ce qu’il doit faire ! Néanmoins, plus l’abstention sera forte et plus le rejet de cette Europe sera évident !
Conférence de presse du 15 mai 1962 (questions européennes)
« Je voudrais parler plus spécialement de l’objection de l’intégration. On nous l’oppose en nous disant : » Fondons ensemble les six Etats dans quelque chose de supra national, dans une entité supra nationale. Et ainsi, tout sera très simple et très pratique « . Cette entité nationale, on ne la propose pas parce qu’elle n’existe pas. Il n’y a pas de fédérateur, aujourd’hui, en Europe, qui ait la force, le crédit et l’attrait suffisants. Alors, on se rabat sur une espèce d’hybride et on dit : » Et bien, tout au moins que les six Etats acceptent, s’engagent à se soumettre à ce qui sera décidé par une certaine majorité ». En même temps, on dit : » Il y a déjà six parlements européens, six parlements nationaux, plus exactement, une assemblée parlementaire européenne. Il y a même une assemblée parlementaire du conseil de l’Europe qui, il est vrai, est antérieure à la conception des Six et qui, me dit-on, se meurt au bord où elle fut laissée. Et bien malgré tout cela, élisons un parlement de plus, que nous qualifierons d’européen, et qui fera la loi aux six Etats « . Ce sont des idées qui peuvent, peut-être, charmer quelques esprits, mais je ne vois pas du tout comment on pourrait les réaliser pratiquement quand bien même on aurait six signatures au bas d’un papier. Y a-t-il une France, y a-t-il une Allemagne, y a-t-il une Italie, y a-t-il une Hollande, y a-t-il une Belgique, y a-t-il un Luxembourg qui soient prêts à faire, sur une question importante pour eux au point de vue national et au point de vue international, ce qui leur paraîtrait mauvais parce que ça leur serait commandé par d’autres ? Est-ce que le peuple français, le peuple allemand, le peuple italien, le peuple hollandais, le peuple belge, le peuple luxembourgeois sont prêts à se soumettre à des lois que voteraient des députés étrangers dès lors que ces lois iraient à l’encontre de leur volonté profonde ? Ce n’est pas vrai. Il n’y a pas moyen, à l’heure qu’il est, de faire en sorte qu’une majorité puisse contraindre, une majorité étrangère, puisse contraindre des nations récalcitrantes. Il est vrai que dans cette Europe intégrée, comme on dit, et bien, il n’y aurait peut-être pas de politique du tout. Ca simplifierait beaucoup les choses. Et puis, en effet, dès lors qu’il n’y aurait pas de France, pas d’Europe, qu’il n’y aurait qu’une politique, et faute qu’on puisse en imposer une à chacun des six Etats, on s’abstiendrait d’en faire. Mais alors, peut-être, tout ce monde se mettrait à la suite de quelqu’un du dehors, et qui, lui, en aurait une. Il y aurait peut-être un fédérateur, mais il ne serait pas européen, et ça ne serait pas l’Europe intégrée. Ce serait tout autre chose de beaucoup plus large et de beaucoup plus étendu avec, je le répète, un fédérateur. Et peut-être que c’est ça qui, dans quelque mesure et quelquefois, inspire certains propos de tels ou tels partisans de l’intégration de l’Europe. Alors, il vaudrait mieux le dire. Voyez-vous, quand on évoque les grandes affaires, et bien, on trouve agréable de rêver à la lampe merveilleuse, vous savez, celle qu’il suffisait à Aladin de frotter pour voler au-dessus du réel. Mais il n’y a pas de formule magique qui permette de construire quelque chose d’aussi difficile que l’Europe unie. Alors, mettons la réalité à la base de l’édifice. Quand nous aurons fait le travail, nous pourrons nous bercer aux contes des Mille-et-une nuits. On m’a parlé de l’Allemagne. Je voudrais que ceux qui m’ont posé les questions veuillent bien me les répéter. Je leur en serai fort obligé. »