Dans le prolongement de l’intervention de Henri Fouquereau https://www.entreprendre.fr/etat-de-la-france-et-de-son-industrie/ une fois de plus placée sous le signe du bon sens, au sujet de la Cour des Comptes et de l’industrie, je souhaite apporter les précisions suivantes :
- La cour des comptes serait plus avisée de s’occuper de ses responsabilités qui consistent à rédiger des rapports ayant pour but de s’assurer du bon emploi de l’argent public et d’en informer les citoyens, au lieu de porter des avis sur des domaines écologiques qui ne sont pas les siens, au service du « sauvetage de la planète ». Elle a oublié ce vieux dicton bien de chez nous » A chacun son métier et les vaches seront bien gardées » qui s’applique à merveille à ses dernières déclarations sur le nombre excessif de nos bovins qui paissent tranquillement dans nos verts pâturages, dont les flatulences seraient de nature à dérégler le climat. Ceci sous-entend, soit de devenir végétariens, soit de déplacer le problème ailleurs, en important de la viande en utilisant des moyens de transports dont le bilan carbone n’est pas à sous-estimer.
- S’agissant de nos « amis » américains et de leur l’influence pour ne pas dire la pression qu’ils exercent sur les choix des matériels militaires équipant les armées européennes, je peux rappeler qu’au début de ma carrière dans l’Armée de l’Air, à une date que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, nos avions étaient pour l’essentiel d’origine d’outre atlantique, car l’état de notre industrie aéronautique ne nous donnait pas d’autre choix. C’est ainsi que nous possédions dans nos unités pour la formation des pilotes, qui avait lieu aussi aux Etats-Unis et au Canada, des T6, T28, T33, les deux premiers ayant même été utilisés pendant la guerre d’Algérie ; pour la chasse tactique, des AD4, F84F, F100 ; pour la reconnaissance, des RF84F ; pour le bombardement des B26 ; pour le transport, des DC3, DC4, DC6, DC8, C130.
Nos gouvernements successifs, avec l’aide de Dassault mais aussi de l’Aérospatiale qui avait réuni Nord et Sud Aviation, ont finalisé, dans les meilleurs délais possibles, un plan dynamique et volontariste de production au niveau national, afin de remplacer et mettre en ligne, pour les avions de Chasse et de reconnaissance, successivement des Ouragan, Mystère IVA, Super Mystère B2, Vautour2N, Mirage IIIC, Mirage IIIE, Mirage IIIR et RD, Mirage F1C et CR, des Mirage 2000 et des Rafale ; pour le bombardement, des Vautour B puis pour notre force de dissuasion nucléaire, des Mirage IVA armés de notre arme nucléaire de conception française, remplacés par des Mirage 2000 N équipés du missile ASMP développé par l’Aérospatiale, eux-mêmes laissant la place à des Rafale et un nouveau missile ASMP amélioré; enfin pour le transport, des Nord Atlas N2501, Transall C160 fruit d’une coopération franco-allemande.
Les succès à l’exportation de notre production aéronautique nationale, familles des Mirage III, Mirage F1, Mirage 2000 et aujourd’hui Rafale, démontrent à la fois le niveau de qualités de nos Entreprises mais aussi la prise en compte par des clients étrangers de la nécessité de s’affranchir autant que faire se peut, d’une tutelle américaine jugée difficilement supportable.
Il n’est pas inutile non plus de rappeler, que certains de nos F100 déployés en Allemagne, avaient pour mission d’emporter une petite bombe nucléaire tactique américaine Mk 28 dont l’emploi ne dépendait que d’une décision de Washington. Quand ces avions prenaient l’alerte nucléaire, ils étaient gardés par des sentinelles américaines ! On mesure ainsi l’immensité de la tâche accomplie, politiquement et militairement par le général de Gaulle en déployant grâce à nos industries aéronautiques, navales, d’armements, Commissariat à l’Energie Atomique, notre force de dissuasion nucléaire indépendante mise en œuvre par des moyens exclusivement de conception française, avions, sous-marins, missiles aéroportés et balistiques équipés de têtes nucléaires, dont la décision d’emploi reste dans les mains de notre président de la République.
Je peux aussi témoigner d’une expérience intéressante vécue quand j’étais le chef du cabinet militaire du Premier Ministre Michel Rocard. Il souhaitait que je l’accompagne systématiquement dans ses déplacements à l’Etranger qui à l’époque, nécessitaient l’emploi du Douglass DC8 encore en service dans notre Armée de l’Air. Dès le début, il m’a signalé l’embarras qu’il éprouvait en défendant la production aéronautique européenne d’AIRBUS devant les autorités politiques des pays visités, en arrivant à bord d’un appareil américain. Je lui ai répondu qu’il suffisait tout simplement d’acquérir des Airbus. Sa réaction a été immédiate formulée dans une seule phrase « allez-y, faites-le ». C’est ainsi que nous avons acheté les premier Airbus 310 d’occasion à la compagnie royale jordanienne, ouvrant ainsi, quelques années plus tard la voie à l’Airbus A319, puis A330 au profit des déplacements présidentiels, au détriment des constructeurs d’Outre Atlantique. Dans la foulée, a été lancé le développement de la version ravitailleur en vol Airbus 330 MRTT en remplacement des Boeing C135, suivi du choix opéré de l’Airbus A400M pour le transport stratégique alors que certains en France n’envisageaient d’autre solution que celle poussée par les Américains avec le couple C17 / C130H, tandis que d’autres ne pensaient qu’à l’Antonov ukrainien A70 qui avait pourtant une fâcheuse habitude de s’écraser compte tenu du manque de fiabilité de ses moteurs.
Notre flotte de combat est actuellement totalement « francisée ». Pour l’Armée de l’Air, elle est exclusivement composée du couple comportant 100 Rafale et 36 Mirage 2000D avec un objectif de 137 pour le premier et 48 pour le second à la fin de la LPM 2024/2030. Elle est loin des 450 avions dont nous avions besoin, car la polyvalence du Rafale, ne lui permet pas d’agir en même temps à plusieurs endroits. La Marine, quant à elle, qui avait fait le choix du F18 américain pour remplacer ses Super Etendard, a dû accepter de recevoir 41 Rafale adaptés aux opérations sur le porte-avions.
Nos moyens de transport s’appuient actuellement sur 22 A400M puis augmenteront à 35 en 2030 tout en maintenant en ligne 14 C130.
Enfin, les C135 FR ravitailleurs américains ont laissé la place aux 15 Airbus 330 MRTT, tandis que, faute d’une capacité européenne de développer un nouveau programme trop limité en nombre pour être rentable, les 4 avions de surveillance et de contrôle aérien, AWACS de Boeing, restent en service.
Qu’attendent donc les autres membres de l’Union Européenne pour suivre l’exemple de la France ? Mais il est plus simple, selon eux, de s’appuyer sur l’OTAN pour assurer sa défense, comme l’exprime clairement le traité de Lisbonne et d’acheter des F35. La défense européenne serait-elle comme l’Arlésienne ?
Gal (2S) Jean MENU
Mai 2023